Sodomie J'arrête par Charly Lazer

Sodomie J’arrête par Charly Lazer

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Aéroclub

Je l’avoue, j’ai fait exprès d’arriver en retard aux balances. Je cherchais juste à éviter les batteries, fichue caisse claire, cymbales et vocalises de Satan. Malheureusement le manque de ponctualité n’épargne pas la torture.

Une flaque s’est créée autour de mon parapluie radioactif et j’ai trouvé joli ce parterre de stars locales, tout autour de moi, que j’ai pris en photo mentale dès mon arrivée. Des potes et des personnes que j’ai découvertes 5 mois plus tôt à l’extrémité d’une forêt.

Je me sens ému, comme si j’étais enfin admis dans la Kelly Family, comme si j’étais un beatnik. Plus un solitaire qui joue aux dominos avec l’essence de ses sentiments. Si Elliott Smith, Charles Cooper (Telefon Tel Aviv, Jay Reatard s’étaient retrouvés à ma place, dans mon corps, avec mes yeux myopes, je serais sûrement mort dans le motel d’un aéroclub.

Dubstep

C’est la 166ème fois que j’apparais sur une scène. Pourtant les secondes s’écoulent et je suis face à moi-même multiplié par 4, c’est le générique et mon cœur fait du dubstep. J’ai toujours cru que je m’en sortirais, et là, je me sens idiot, bien à ma place car ces mecs sont adorables, mais franchement moins balaise. Je sais, ce n’est pas un meeting de lutte gréco-romaine et la bière est leurs stéroïdes anabolisants. Le houblon ne fera jamais d’eux des apollons, mais il leur reste les testicules, et surtout cette rigolote façon d’agir et d’exploser au bon moment.

Je suis sur scène avec The Toy Commander. Ce soir, nous ouvrons. Je ne sais pas ce qui va se passer, je n’ai pas envie d’y songer.

Sur la table trônent une centaine de canettes vides, réceptacles d’ivresse et de cendres, et une setlist. Je me glisse dans la foule et Mathias me surprend. Erman Frau Sprint. J’adore ces montées d’adrénaline « c’est quelle chanson maintenant ? ». J’essaie de me souvenir de tout, mais ici, dans la salle de pause au travail, ça pue des pieds. Je reprendrai plus tard.

Dimanche

La musique est cet art où le physique et le psychique se mettent constamment sur la gueule. C’est quand même mieux d’écrire à la verticale, un dimanche en début d’après midi, quand les oiseaux se sont étouffés d’avoir trop chanté. A l’aéronef, ce soir là, j’avais mangé du kangourou, une première. A la Forest Sessions, j’avais décortiqué des haricots verts. Je crois que cette odeur me suivra toute ma vie. Je me souviens aussi de la fin, quand une fois chez moi, j’ai pris conscience que ces trois jours en forêt n’avaient pas fait de moi un homme, non, mais m’avaient offert quelque chose d’abstrait, et qui n’a finalement pas d’adjectif. C’était une aventure hors norme, et une semaine après le concert, je comprends ceux qui ont trouvé ça incompréhensible. Je veux juste leur dire « on vous a mindfucké ». Car un concert de deux heures, avec 23 chansons par 23 groupes différents et inédits, à ma connaissance, c’est du jamais vu.

Crédit photo : Beaubluff, Mary Kabash et Fabrice Lerminet