Je me vois dans un téléviseur. Je me fixe et dans un silence d’église je dis : "Ca sent le caca". Je m’approche de l’écran et je suis comme aspiré dans un couloir sombre au bout duquel clignotent les lumières d’une discothèque, à moins que ce soit toute autre chose. Je suis seul avec l’odeur d’un boui-boui chinois. Il y’a de la fumée, tout est brumeux, la vie, les amours, les moments ralentis qui accélèrent, les filles topless-culotte qui courent et me frôlent. Je bascule, tombe à la renverse, c’est la chute la plus lente de mon existence et pourtant, tout va très vite maintenant car c’est la fin.
Une soirée entre potes impliquait toujours un instant absurde. La forte émanation désagréable s’accrochait à nos nez et on s’est retrouvés face à une fille. On s’est vite rendus compte de sa mégalomanie, la marque de son parfum, son attitude chaude-froide de poseuse classique, son accent asiatique, son envie d’excès en tout genre mais son incapacité à être vraiment heureuse. Quoi qu’il arrive dans ma vie pendant la prochaine décennie, je sais déjà que Florrie restera moisos avec son mélange de No Doubt et de La Roux. Deux projets musicaux indigestes dont je parle, non sans équivoque, dans mon pamphlet-haïku expliquant la place mineure des filles dans la musique.
Un beignet à la banane c’est gras, et une perle de coco mais pas deux, sous peine d’exploser.
Les adolescents sont complexés et ça les rend ridicules. C’est con. Ils sont trop flippés de paraitre uncool alors ils le sont. J’ai pitié des 3 adolescentes qui sont en train de se faire tabasser dans la cour de récré car elles ne connaissaient pas les lyrics du HIT des Teenagers. Un comble.
Ce groupe, en plus d’avoir donc pourri la vie de 3 collégiennes assez dévouées pour le rejoindre sur scène, m’avait fait perdre du temps dans une vie que je n’avais pas prévue si courte. Leur pop n’avait rien d’indie, alors mon esprit a fui la scène du crime et s’est assis sur les fesses en attendant que passe le train du désespoir, balayant la honte, l’ennemi du soleil. La génération X déteste les adolescents de trop les aimer.
Je m’étais dit que voir Les Amours Imaginaires, le dernier Xavier Dolan, avant Two Door Cinema Club pouvait faire briller cette journée devant l’éternel. Finalement je n’ai trouvé aucun adjectif, aucune flamme, aucun ne lui sied. Intro linkin-parkesque, tubes éphémères, émotion au-ras-des-pâquerettes, intensité puérile, souvenirs entachés, C’est une marée noire dans le champ de blé où adolescent je prenais des bains de soleil. La Kryptonite de mes pas de danse.



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