Phoenix, l’Aéronef, le 16 octobre 2009
Je cours, ressassant des images ultra-récentes pour oublier : Le regard sexuel de cette maquilleuse et ce vieux qui dans deux minutes dira « fellation et sodomie », ma peau poudrée, un animateur de télé qui me questionne pour la 84ème fois sur la signification du nom et mon « euh » impénétrable.
Pénétrable, c’est ce qui caractérise la pop sable-mouvant de Chairlift. C’est pas l’avant-garde totale, pourtant on courbe l’échine et on se laisse apprivoiser comme un vieux lion de cirque. Ou aborder comme une vieille pute de luxe. On a vu tellement de groupes (au lieu d’enfants, de grands-parents, ou de célibataires désespérés). Des bons, des mauvais, ce soir je n’ai plus envie de savoir si ceci est bon ou non, et pour quelles fichues raisons. Le sourire dirige mes points de vue. C’est l’instabilité parfaite.
Me voilà au milieu d’une immense foule. Des teens ci et là, elles me regardent, je ne sais pas, elles m’ont peut-être vu à la télé, en s’habillant. Moi j’ai gardé les mêmes vêtements, et je crois que je suis mal à l’aise, alors je me découvre, j’ai le fond de teint humide. Je finis par être persuadé que je ne suis pas à l’aise. Et la lumière s’éteint, et je me crois dans un stade. Et les gens tout autour applaudissent sans arrêt, sans raison. Des claps, des claps, des claps, et des flops. J’ai les yeux grands ouverts et pourtant je ne vois rien, mais j’entends tout. Ce qui se fait de plus puissant en pop se déroule dans mes oreilles comme un tapis d’orient. Des couleurs, des formes, de la brillance, de la simplicité, la pop est maîtresse de nos aspirations divines.
Probable que Phoenix soit le dernier vrai rempart vivant de la French Touch. Ils ont en tout cas compris ce que le mot pop avait de riche. Pour s’inscrire au panthéon des maîtres de la pop, il faut faire une musique accessible certes, mais, et c’est ce que les versaillais ont compris, il faut aussi aller voir ailleurs, se forger une identité propre, sans se faire dévorer par son sens figuré : Vouloir à tout prix plaire aux foules, aux masses puissantes et dépendantes est banni (la preuve avec au milieu du set, ce « Love Like Sunset » que je n’oublierai jamais). Autant dire que Phoenix fait de la pop mais à l’extrême opposé des Kooks.
Grandiloquence et psychédélisme, les fontaines du jus des fruits qu’on croque, qu’on presse, qu’on balance contre un mur. J’assiste à des montées épiques d’une rare intensité. Je ferme les yeux, et je grimpe sur la mezzanine sans utiliser les escaliers. Je n’en peux plus, il faut que j’extériorise. A mon tour, je me mets à hurler. De la douceur se dégage de chaque hurlement, et de chaque réception. C’est un paradoxe qui va jusqu’à surprendre le réservé Thomas Mars. Ce dernier répond par de petits « merci » remplis de pudeur et de joie réservée. L’audience comprend, l’audience fond.
En venant j’avais le sourire tremblant et en partant j’ai le sourire tourné vers l’avenir.


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